Transatlantique de Tristan et Marie à bord de Doudou

  • Par cnpm
  • Le 2016-12-04

Récit du voyage de Tristan vers les Antilles

Tristan 2

Auteur : Tristan RICHARD

Membre du CNPM

Ancien Moniteur de l'école de voile croisière du CNPM

Episode 1 : De Port-Miou aux îles Canaries

AHhhh le fameux Lundi 17 Octobre, le jour J, le Grand départ ...

Temps pourri, pluie, pluie et pluie, franchement nous avons connus mieux pour dire au revoir aux proches et s'élancer avec la petite boule au ventre ...

En fin de journée, entre deux grains nous avons décidé de larguer les amarres... A peine sortie de Port-Miou la nuit tombe, c'est parti pour le Cap 200° direction Ciutadella sur l'ile de Minorque.

Superbe navigation avec un vent de NW 20/25nds/mer formée, nous prenons petit à petit nos marques sur le bateau. La navigation se déroule bien sous Gv et Gen Tangonné et nous arrivons à quai après 1 jour et 14 heures de navigation.

L'ambiance pesante du départ s'efface petit à petit de nos souvenirs et c'est avec joie que nous redécouvrons les Baléares sous un soleil radieux !

Après un repos bien mérité nous repartons le 20 en direction de Soller. De nouveau avec la houle, la pluie et les orages ;) "Navigation super chiante", mais la récompense du havre de paix de Soller vaut le détour.

S'en suit le 22 une navigation pour Andartx que nous quitterons rapidement pour Formentera le 23. Arrivée dans le mouillage d'Espalmador désert, les bouées ayant été retirées en fin de saison : que du plaisir !

Location de vélos pour faire le tour de l’ile, rencontre avec les premiers bateaux de voyage suivi bien évidement des premiers apéros !

Le 26 nous mettons le cap sur Carthagène pour notre deuxième nav longue durée, idem à la première : Vent de NNW 15/20nds, belle vitesse moyenne de 6nds sur 140mn intégralement à la voile.

Nous avions de super souvenirs de Carthagène et la mémoire ne nous avait pas joué de tour. Le tarif du port est peu élevé et la ville est très agréable. Sur une descente vers Gibraltar c'est véritablement une étape à ne pas manquer.

D'autant que tout ce qui suit ... ne donne pas franchement envie !

Après 3 jours à flâner nous attaquons la partie moins drôle du sud de l’Espagne : Almerimar (Pas cher) / Marina del Este (sympa) / Benalmadena (A éviter).

Ce sont tout de même des étapes de 40 à 70Mn, que par chance nous pouvons effectuer sous un grand soleil et sous spi  80% du temps ! Nous enchainons les navs entrecoupées de petits stops pour dormir tranquillement.

Le 2 Novembre nous arrivons à Gibraltar (Au port de la Linea) : Déjà la porte de sortie de notre magnifique Mer Méditerranée... cela fait un petit pincement au cœur ! Visite de Gibraltar, petite poignée de mains avec nos amis les singes en haut du Rock et préparation/Révision du voilier en vue de notre première grande traversée en Atlantique !

Jusqu'ici la météo (malgré le départ sous la pluie) a été plutôt clémente pour une fin de saison. Du vent souvent soutenu mais 90% du temps au portant, peu de moteur. La donne risque d'être différente pour la suite car début Novembre il devient difficile de trouver une fenêtre météo correcte pour partir vers Madère.

Le 6 novembre la situation semble pourtant être idéale, c'est décidée nous larguons les amarres !

Passage de Gibraltar bien difficile contre vent et courant (malgré le parfait respect des horaires de marée)... A la voile nous tirons des bords carrés, au moteur nous avançons à 2nds ... Grrrr

En fin de journée nous sommes enfin libérés, Doudou goutte pour la première fois à l'eau peu salée de l'océan et c'est au près serré que nous mettons le cap sur Madère.

Pendant la nuit la mer forcit et nous sommes toujours au plus près du vent. La vie à bord devient rapidement très inconfortable et le sommeil n'est franchement pas très réparateur.

Le lendemain matin, nous décidons d'un commun accord d'abattre en direction des Canaries car si le bateau peu sans problème remonter ce vent et cette mer formée, nous pauvres petits humains n'avons pas la moindre envie de vivre 5 jours dans une machine à lavée.

(Même les toilettes refuse de fonctionner car nous sommes trop gité et sur le mauvais bord pour la prise d'eau !!!)

Nous voilà donc au travers serré, houle de travers (ce n’est pas franchement agréable non plus à vrai dire) c'est déjà mieux ! Finalement la fenêtre météo idéale ne l'était pas tant que ça, le vent était censé rapidement virer pour nous pousser dans la bonne direction mais au final il restera longtemps d'WNW puis NW. Ce n’est pas bien grave, juste un peu sport sur Doudou, mais au moins on avance bien !

Un peu plus au Sud le vent finit par tourner et nous nous retrouvons vite vent arrière, génois tangonné sur la route direct, nous n'en demandions pas autant, la Classe ;p

Dorade coryphène, Bonite, Poisson volant miam, miam, miam ;p

Dauphins tous les jours, Globicéphale également ! Mais aussi un gros requin qui passe en dessous du bateau, beaucoup moins miam-miam !

Soucis de batterie sur les deux derniers jours, il fait très nuageux et les panneaux ne donnent pas grand-chose... le pilote lui se nourrit bien comme il faut et les batteries n'aiment pas ça ! Nous démarrons le moteur dès que la mer se calme un peu pour rechargé les batteries mais le bateau étant un peu rouleur dans cette houle, l'échappement moteur passe sans arrêt sous l'eau et ce n’est pas génial... nous barrons beaucoup pour éviter d'abimer les batteries et à deux c'est vite une sacrée corvée.

Après une longue navigation de 660MN à une moyenne de 5,7nd (4 jours et demi) nous arrivons à Graciosa de nuit tout aussi heureux que fatigué !

La Graciosa, endroit totalement en dehors du temps, magnifique. Nous y resterons une semaine afin de nous reposer, prendre des apéros !, se balader/faire le tour de l'ile. Juste génial !

Le 15 nous prenons la direction de Lanzarote Marina Rubicon. Première fois de ma vie que j'arrive au port et que le marineros sort son mètre et mesure le bateau ... le bout dehors bien sûr fait passer le bateau dans la catégorie 11m donc je le démonte pour retrouver les 9.95m de Doudou !!! Après avoir observé différent voilier arriver au ponton capitainerie je m'aperçois que le traitement ne m'était pas destiné personnellement mais que c'est la règle ici pour tout le monde, que ce soit pour une nuit ou pour un mois.

Location de voiture, découverte de l'ile que nous connaissions déjà. Lanzarote est une magnifique ile au paysage quasi lunaire, aucune plante/arbre/végétaux ne pouvant pousser de manière naturelle ici, à part les plants d'aloe vera bien entendu !

Changement d'ile le 17 pour Fuerteventura (Mouillage à l'ile Lobos/Puerto del Castillo/Mojo Rable) puis traversée vers Las Palmas de Gran Canaria.

Nous avons la chance d'arriver le 20 novembre (Ce n'est pas par hasard), car c'est le jour du départ de l'ARC. Nous croisons la flotte de 250 voiliers toutes voiles dehors en direction de St Lucie et cela rappelle un paquet de souvenirs ...

Cinq ans auparavant nous étions à leurs places prêts à se lancer dans l'inconnu de notre première transat sur un autre voilier arborant le pavillon du CNPM !

Ce petit moment de nostalgie passé, nous sommes vite rappelés à la réalité du jour grâce à la capitainerie de Las Palmas ...

(VHF) Las Palmas pour Doudou / Oui de Doudou / Etes-vous sur liste d'attente ? / Euh non / Veuillez patienter ... Vous êtes maintenant inscrit sous le numéro 195 ... Ahhh ... d’accord ...      

Nous jetons l'ancre dans la baie et attendons donc notre tour. A 22h30, le nom de Doudou retentit à la VHF, enfin ce n’est pas trop tôt, nous avons juste attendu 5 heures.

Naïvement je pensais avoir fait le plus dur ...

Le lendemain matin je me suis donc rendu à la capitainerie avec les papiers du bateau. A l'entrée j'ai trouvé un distributeur de numéro comme à la sécurité sociale puis ensuite j'ai attendu 3 heures et 45 minutes  mon tour... Ouhhouhhh !

Le propriétaire du numéro suivant avec qui j'avais discuté un long moment a décidé de s'absenter une heure faire des courses puis revenir pensant en avoir largement le temps, manque de chance il est revenu 5 minutes trop tard, il a donc attendu de nouveau deux heures !

Las Palmas est notre escale technique avant le départ pour le Cap Vert/Transat.

Je passe donc beaucoup de temps à bricoler/vérifier/démonter/remonter et surtout ayant été traumatisé par mes heures de barres lors de la descente vers Graciosa, je me suis mis en tête de trouver un régulateur d'allure d'occasion.

Après deux jours de recherche, je trouve mon bonheur : Un régulateur WindPilot Pacific en parfait état à un prix plutôt attractif, c'est parti ! Installation plutôt longue car il a fallut le rehausser à l'aide de deux plaque en Inox (réaliser dans la zone industrielle au nord de Las Palmas chez des commerçants fort désagréable) mais c'est du solide. J'ai maintenant l'esprit plus tranquille car nous avons deux moyens de pilotage automatique dont un qui ne consomme rien.

Les panneaux solaires pourront donc nous servir à alimenter le frigo qui restait éteint par le passé mais également à regarder des films sur l'ordi sans restriction.

Le jour du grand départ approche rapidement. D'ici la fin de semaine -si la fenêtre météo ne change pas- nous allons de nouveau prendre la mer pour le Cap Vert (+ ou - 6/7jours) avec comme lieu d'arriver : Mindelo !

A bientôt les amis et bons vents !

 

Dernière minute :

Départ pour le Cap Vert le dimanche 04 novembre.

 

A suivre …

 

Episode 2 : Des îles Canaries aux îles du Cap Vert

Dimanche 4 décembre 2016 ...

Un mois et demi après avoir quitté Port Miou, c'est le deuxième grand départ pour Doudou, Direction le Cap Vert ! Les amis rencontrés à Las Palmas lancent les derniers aux revoir et nous retrouvons la fameuse petite boule au ventre au moment de larguer les amarres. Une fois les voiles en tête, le régulateur en action et la nuit tombée tout cela ne devient vite qu'un très lointain souvenir et l'animal qu'est le marin au large refait vite son apparition... ce coup-ci l'adaptation sera donc très rapide ! Le temps est magnifique, le vent est stable, le bateau file au grand largue à bonne allure et les dauphins sont au rendez-vous. Un élément a clairement changé depuis notre dernière traversée: La température ! Nous longeons maintenant les côtes de la Mauritanie (Non sans crainte parfois...) et la température reste douce durant nos quarts de nuit et ça pour un marin, ça n'a pas de prix.


Mais petit retour en arrière :

Ah oui ! Car avant le départ des Canaries, il y a l'approvisionnement ! Et ce n’est pas triste sur un petit bateau... La demi-journée à faire les courses et 700€ de vivres plus tard, bah il faut les ranger ! Doudou fait la gueule mais au fond on sait qu'il aime ça et qu'il est impatient le bougre ! (L'approvisionnement comprend la traversé Canarie/Cap Vert, la visite des iles puis la transat Cap Vert/Antilles, seul un appro de frais sera réalisé au Cap Vert)


Après 6 jours de navigation (800Mn à 5.2nd de moyenne) nous arrivons en vue (GPS) du mouillage de La Palmeira sur l'ile de Sal en pleine forme. Je précise vu GPS car les iles du Cap Vert sont toujours entourés d'un brouillard de sable et ce n'est pas une légende, vous avez l'impression de voir loin mais en fait bah nan... ! Le dépaysement est total, ce coup-ci, nous avons vraiment quitté l'Europe. Les formalités d'entrée se font à la mode africaine... bureau fermé, puis ouvert mais il faut repasser à 18h car là il fait trop chaud puis à 18h il n'y a plus personne donc retour le lendemain matin mais il n'y a personne puis enfin l'après-midi tout est fait en trois minutes montre en main (Même les Marseillais n'arrivent pas à ce niveau !). Au retour du poste de douane nous tombons sur la figure locale de la plaisance entourée des pêcheurs du village... Caipirinha locale à la main, ils nous invitent à découvrir les saveurs alcoolisées de l'ile, nous goutons donc un verre puis deux et la fatigue des jours précèdent s'abat alors bien rapidement sur nous !
La découverte ici ce n'est pas tellement les côtes ou le paysage mais plutôt les gens, tous très chaleureux avec un mode de vie bien éloigné du notre (Ici pas de violence à craindre, la vie à Palmeira est vraiment calme).


Après quelques jours de repos nous repartons en direction de Sao Vincente, plus précisément à Mindelo. Navigation de nuit franchement sport... 120 Mn à 7nd de moyenne je peux vous assurer que pour Doudou surchargé en mode voyage ça commence à franchement envoyer ! Au passage nous payons notre tribu dans le canal de Sao Vincente, le vent monte fort, la houle devient particulièrement agressive et le régulateur décroche dans une grosse série de vague. Plein travers, une jolie déferlante claque sur le bateau ... heureusement que les portes de descente étaient à poste et que tous les hublots étaient fermés (aucune casse) ! Suite à cela nous arrivons bien trempé dans la baie de Mindelo.


Nous décidons de nous mettre à quai dans la petite marina car le bruit cours ici que les bateaux au mouillage sont souvent visités (nous en aurons d'ailleurs la confirmation par des personnes restés au mouillage quelques jours plus tard). La marina est bien gardée et l'ambiance a changé depuis la petite ile de Sal. Portique à carte et garde à l'entrée de l'unique quai d'accès à la ville. Une fois passé de l'autre côté du quai, les mendiants (dont des enfants) vous attendent... Si cela parait au début très désagréable et soumet beaucoup de questionnement, nous nous apercevons au bout de quelques jours que la plupart (Pas tous non plus) ne sont pas tant dans le besoin que ça et que nous représentons simplement un apport d'argent énorme pour eux. C'est en quelque sorte de cette manière qu'ils en profitent.
Passé cela, la ville est agréable, le marché au poisson est simplement fantastique et les restaurants locaux nous permettent de découvrir la cuisine locale à un tarif hallucinant pour un européens. Je surveille chaque jour la météo et chaque jour le départ s'éloigne un peu plus ... Car pour ceux qui pensent que l'alizé est un vent doux, stable avec une mer formé et bien rangé... et bien laissez-moi vous dire qu'à part dans les bouquins ça n'existe pas vraiment ! La première transat que nous avions effectuée sur Freedom de Domique RICHER nous l'avait bien montré. Aujourd'hui à Mindelo le vent souffle à 30nds dans le port et ça remue car il n'y a pas de digue! Mes amarres et taquets s'en souviennent encore... Mais surtout les fichiers météo ne sont franchement pas encourageants ! Nous aurons d'ailleurs par la suite des retours de voilier qui ont traversé à ce moment-là et tous ont vécu une transat particulièrement dur avec une mer dégueulasse (parfois haute de 5 à 6 mètres) et des grains à n'en plus finir ... Nous prenons donc la décision de patienter, Doudou est petit, inutile de prendre de risque et nous avons tout notre temps.

Nous en profitons pour prendre le ferry pour Santo Antao afin d'y fêter mes 30 ans ! (Aucun abris pour un voilier sur cet ile pourtant imposante). Nous y découvrons là notre plus belle escale de tout le voyage (Antilles comprise). Les côtes n'ont aucun intérêt mais l'intérieur de l'ile regorge de merveille... Les montagnes y sont impressionnantes, les vallées parcourues de cours d'eau sont d'un vert étonnant et les habitants d'une gentillesse infinie. Santo Antao est un vrai paradis terrestre bien que perdu au milieu de l'océan. Si vous aimez les grandes randonnées, n'hésitez pas à y passer vos vacances, aucun risque d'être déçu.


De retour à Mindelo après ces quelques jours d'excursion, nous retrouvons Doudou avec une amarres cassée (elles étaient doublés voir triplés pour certaines) mais prêt à en découdre avec l'océan. La météo a évolué et maintenant il n'y a plus aucune raison de décaler notre départ. Place donc aux derniers préparatifs :


- Petites courses (simplement un complément de l'approvisionnement de Las Palmas car ici impossible de faire un vrai appro)


-Stock de cigarette ... Hé nan, nous partirons plus léger de quelques centaines de grammes car nous avons décidé de profiter de la transat pour arrêter de fumer ! Nous partirons donc seulement avec les deux paquets qu'il nous reste...


-Check du bateau/gréement/voile etc.


-Les réserves eau/gasoil plus bidon sup.


-Arrimage sérieux de l'ensemble


-Et bien sûr n'oublions pas Noël ! Nous nous retrouvons avec quatre équipages rencontrés quelques semaine plus tôt à Gibraltar/Canaries et fêtons noël tous ensembles ! Super moment, super souvenir que seul un voyage de ce type peu offrir.

Episode 3 : Transat

Ready ! Paré pour le départ en direction de la Barbade ! A nous les Antilles !!!! Le jour de noël nous quittons la baie de Mindelo. Malgré notre habitude fraichement acquise des départs en bateau, l'émotion est la et le chemin devant nous est long (2000mn). Ce coup-ci c'est la grande étape et la dernière. Allez promis Doudou, donne tout ce que tu as et de l'autre côté c'est juré je te bichonnerais !


La première nuit le vent tombe plus que prévu sous les iles du cap vert (Petite erreur d'appréciation météo du capitaine alors que c'est pourtant un grand classique) et les voiles ont tendance à battre dans la houle qui elle n'est pas décidé à aller voir ailleurs ... Heureusement au petit matin le vent reviens et à part encore deux petites siestes d'Eole sur le chemin des caraïbes, il a globalement été au rendez-vous tout le long. Côté ciel et visibilité ce n’est pas top ... le "smog" du Cap Vert nous suit pratiquement toute la première semaine, le bateau est jaune/orange comme chez nous après les pluies de Sud-Est et la visibilité n'excède guère les 3-400mètres. L'AIS reste allumé tout le temps et rassure pas mal Marie. Nous avançons bien, les quarts s’enchainent et nous retrouvons vite notre rythme du large. Le moral va bien, le bateau est au top RAS. Dès le début de la deuxième semaine le ciel d'alizé (et ses grains) fait son apparition et soulagement pour nous le soleil nous éclaire enfin de manière directe ! Le 1er Janvier, après un nouvel an tout de même un peu moins festif que d'habitude, nous atteignons le point le plus éloigné de toute la traversée, c'est un peu flippant mais maintenant on se rapproche, si si c'est vrai ! Doudou avance bien, avalant jusqu'à 172 mn deux jours de suite. Forcement la mer se forme un peu plus et le régulateur d'allure m'impressionne. En effet plusieurs fois de suite Doudou part dans des surfs à un peu plus de 13nds et le régulateur gère comme si de rien n'était ! Les jours passent et la Barbade se rapproche, le moral est globalement toujours bon malgré quelques petites baisses de régime (N'est-ce pas normal en 14 jours ?). Seules les réserves d'eau commencent à diminuer et Doudou se sent de plus en plus léger ! Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9, l'ile tant désiré apparaît et au petit matin nous accostons à Port St Charles sur le nord de la Barbade.

La joie est intense, je suis admiratif de ce qu'a accompli mon fière navire, car même si nous étions deux à le surveiller, à le faire avancer, à le bichonner, il a encaissé sans broncher tout ce chemin malgré son vieille âge ! Fière également de ma co-équipière, ma compagne, qui a assurée tout le long malgré le fait que la voile ne soit pas sa passion première. Et enfin je suis fier (esprit de compétition tout de même) de voir que nous n'avons pas trainé en chemin, car des bateaux bien plus gros que nous arriverons plus tard ! Nous avons traversé l'océan en 14 jours et 18 heures à la vitesse moyenne de 5,8 nds.


Ah oui j'oubliais, à notre arrivé à la Barbade, afin d'accompagner la traditionnel bouteille de champagne, nous avons fumé notre dernière cigarette... que nous avions religieusement conservé (non sans difficulté) ....


Quelques idées et statistiques à retenir de la transat:

 
- La transat au départ du Cap Vert est bien différente d'un départ Canaries. Le voilier est tout de suite dans le régime des alizés et bas en latitude (Sao Vincente est à la latitude de St Martin et St Barth), Il ne s'agit donc pas de descendre mais de faire de la route pleine Ouest. Le vent est donc quasi dans le dos de la route direct tout le long.


- 50% du temps Gv avec retenu de bôme et Génois tangonné. Le tout jamais vraiment vent arrière, mais souvent de l'angle aux alentours de 150°-160°. De nombreux empannage durant la transat au grès des bascules d'alizé. Après plusieurs essai, il est clairement plus rapide d'agir de la façon que de vouloir naviguer de manière plus académique au grand largue car chargé comme sont nos petits bateaux de voyage, ça n'avance pas plus vite (Cela est sans doute différent sur un voilier de taille supérieur car le chargement est en proportion bien moins important). De plus le génois tangonné est un système super facile à mettre en place, ne gêne pas pour enrouler si nécessaire et permet au génois de ne jamais battre ainsi que d'éviter le baguage, ce qui est important sur un long trajet de voyage.


-20% du temps sous spi. 2 journée complète sous spi symétrique et une et demi sous spi asymétrique.


-30% du temps sous génois et trinquette tangonné, sans Gv lorsque le vent était plus fort. Il y a également eu certain moment avec la trinquette seule à l'avant, le vent était alors aux alentours de 30nd et le bateau avançait sans se faire mal.


-Pour finir, 2 voiliers croisés et 2 cargos en visu avec qui nous avons discuté en VHF. L'AIS nous a permis de voir qu'il y avait tout de même du monde sur l'eau (facile 10/15 écho AIS et peut être plus) donc ne surtout pas écouter les personnes qui disent qu'il n'y a pas de risque à ne pas respecter les quarts sur une traversée océanique.

Episode 4 : Les Antilles

Avec l'arrivé aux Antilles, le voyage se transforme...


Lors de notre périple, nous avions toujours eu un objectif, un défi, une longue navigation devant nous et ça pour un marin ça occupe l'esprit. Il y avait également les rencontres avec les équipages se préparant à la même aventure, de belles amitiés etc. Une fois arrivé de l'autre côté tous ces aspect changent/évoluent: Les équipages se dispersent dans toute la caraïbe, il n'y a plus de longue navigation et après la quasi inexistence de la plaisance classique au Cap vert (Désolé de le dire mais ce fut un plaisir) nous retrouvons une plaisance qui n'est pas bien différente de la Corse en plein 15 Juillet 15 Aout ! Bien sûr, cela amène de bons côtés mais aussi une petite frustration après tout ce chemin...


Il faut tout de même avouer que l'on comprend facilement les touristes car les Antilles regorgent de plaisirs... Le voyage prend effectivement une autre tournure : Mouillage, Soleil, Baignade à 28°, Cascade en forêt, Farniente, Randonnée, Petites navigation (parfois fortement musclées), Apéritif, apéritif encore, Plongé ... bon bref, nous ne sommes pas à plaindre !


La première ile que nous touchons, La Barbade, est du fait de son éloignement au vent de l'arc antillais le seul à totalement échapper au tourisme nautique. Nous passons quelques jours seul au mouillage face à de magnifiques petites plages, découvrons l'ile et ces spécialités local avec grand plaisir ! (L'intérieur de l'ile ne présente que peu d'intérêt)


Viendront ensuite dans l'ordre les Grenadines que bon nombre d'entre vous connaissez parfaitement... Rien à redire, la réputation n'est clairement pas usurpé, mouillage magnifique, ambiance de rêve, plongé/tortue/corail ! Que du plaisir !
St Lucie que nous connaissions déjà bien. L'ile est superbe, mais les Boat Boys sont franchement des imbéciles et donnent une très mauvaise image de leur ile.
La Martinique qui nous permet de retrouver un petit peu de chez nous tout en étant au chaud sous les tropiques !


La Dominique (A mes yeux la plus belle ile de toutes les Antilles) Les mouillages y sont peu nombreux c'est sur et l'intérêt en bateau est assez limité mais l'intérieur de l'ile est simplement incroyable et les habitants aussi. Finalement un peu à l'image de Santo Antao au Cap Vert.

 

Les Saintes avec cette baie, considérée par les habitants de la région comme la plus belle du monde. (Peut-être un peu de Marseille les Saintois... mais avouons-le, la baie est vraiment vraiment magnifique)


La Guadeloupe : Nous avons été particulièrement séduits pas Basse Terre qui mérite vraiment la visite, mais un peu déçu par Grand Terre et par la qualité de la marina du Gosier.


Antigua avec English Harbour et ses voiliers magnifiques mais également le North Sound au nord de l'ile, ou nous nous sommes retrouvés enfin seul à naviguer. (Beaucoup de patates, pas toujours de chenal balisé, la navigation au GPS facilite grandement les choses mais il faut rester vigilant)


Barbuda... Cette ile reste en dehors du trajet des plaisanciers et donc un peu en dehors du temps. Une interminable plage de sable qui cache un plan d'eau intérieur trop peu profond pour y rentrer, suivi de l'unique ville de l'ile. Même si l'ile présente moins de possibilité que les autres, je me souviendrais avec plaisir de cet escale. Je me souviendrais également de la forte houle d'ouest qui nous y a surpris un matin (Toutes les iles ont été touchés et beaucoup de voilier on gratté la quille ce matin la) me forçant à un débarquement en annexe sur la plage -alors transformée en spot de surf- digne des plus grands films d'action... Tout cela afin de faire la fameuse clearance...


St Barthélémy, le petit st Trop local... Magnifique, beaucoup de tortue au mouillage, finalement pas tant de bateau de luxe que cela et de très jolie plages.
St Martin... Tout dépend de quel côté on se place... Côté Hollandais ce n’est pas très intéressant. Côté Français, alors que j'étais arrivé avec un apriori négatif, je suis reparti au contraire avec un avis plutôt positif !


St Kitts & Nevis... Un conseil, ne pas atterrir à st Kitts un dimanche matin, vous auriez alors la sensation d'arriver dans no man's land ! Les volcans y sont magnifique et rien que cela vaut le détour.


Montserrat : Même si nous n'avons fait que longer sa côte sous le vent, son histoire récente liée au volcanisme est passionnante et l'odeur d'œuf pourrit ne trahit pas, oui vous êtes bien arrivé à Montserrat.


Nous aurions aimé pousser Doudou jusqu’aux iles Vierges mais les amis/familles arrivant par avion en Guadeloupe/Martinique ne nous ont pas laissé le temps ! Pour autant quel plaisir d'accueillir tout le monde, de revoir les proche et surtout de faire découvrir et partager un petit peu de son quotidien. Car si pour nous membres du CNPM, un voyage aux Antilles en voilier n'a rien d'extrême ni hors du commun, nous avons souvent tendance à oublier que pour les non-initiés, ce genre de voyage à un gout d'aventure incroyable. Et l'aventure, c'est clairement fait pour être partagé, aucun doute la dessus !


Aujourd'hui Doudou se repose au Port du Marin, je respecte enfin les promesses que j'avais pu lui faire avant la transat : je le bichonne un peu ... avant de l'abandonner quelques mois !


Afin de renflouer la caisse de bord, nous avons trouvé un magnifique voilier de 70pied à convoyer de St Martin à Gibraltar, donc après la transat aller, vous aurez le droit au récit de la transat retour mais attention! : Avec la climatisation, les winchs électriques, les congélateurs, la cabine avec le lit king size...


Après cela nous prévoyons de passer la saison d'été à Cassis afin d'allier plaisir et caisse de bord puis de revenir sur Doudou en fin de saison cyclonique et si tout va pour le mieux d'ici-là, tracer la route vers le Pacifique !

 

Pour finir, malgré toutes les tentations vécus aux Antilles, nous n'avons toujours pas retouché une cigarette, après plus de deux mois le bilan est donc plus que positif et nous vous encourageons donc à traverser les océans sans cigarette !

 

Bon vent à tous et à très vite !

Journal